
Le colostrum est le premier lait produit après le vêlage. Particulièrement riche en immunoglobulines (IgG), il constitue la principale source de nutriments et d’immunité passive du veau. Chez les bovins, le transfert des anticorps maternels est limité. Le veau dépend de l’ingestion du colostrum pour acquérir cette protection au cours des premières semaines de vie, afin de se protéger contre les maladies néonatales jusqu’à ce que son propre système immunitaire devienne fonctionnel. La prise colostrale est donc une étape déterminante pour la santé et la survie des jeunes animaux.
Pour réussir le transfert d’immunité passive, quatre paramètres doivent être maîtrisés : la qualité, la quantité, la précocité et l’hygiène. Un colostrum de bonne qualité distribué trop tard peut ainsi être insuffisant, tandis qu’un colostrum distribué rapidement mais fortement contaminé peut également compromettre la prise colostrale.

Les besoins du veau
La capacité de l’intestin du veau à absorber les immunoglobulines diminue rapidement après la naissance.

La première prise doit donc intervenir le plus rapidement possible, idéalement dans les premières heures.

La quantité doit également être suffisante. L’objectif traditionnel est d’apporter environ 200 g d’IgG au cours des premières 24 heures. À titre d’exemple, un colostrum contenant 50 g d’IgG/L nécessite environ 4 L pour apporter 200 g d’IgG. Le volume à distribuer doit donc être raisonné en fonction de la concentration réelle en immunoglobulines du colostrum.

La concentration en immunoglobulines est généralement la plus élevée dans le colostrum de première traite puis diminue au fil des traites. Une collecte rapide après le vêlage et un contrôle de la qualité permettent donc de mieux sécuriser la prise colostrale.

Que risque un veau mal colostré ?
Une quantité insuffisante d’IgG absorbées peut entraîner un défaut de transfert d’immunité passive (FTPI). Celui-ci est associé à une augmentation du risque de maladies et de mortalité chez le veau.
Une méta-analyse portant sur les conséquences du FTPI a notamment montré une augmentation du risque de mortalité de 2,12 fois, de maladie respiratoire de 1,75 fois, de diarrhée de 1,51 fois et de morbidité globale de 1,91 fois.
Le défaut de transfert d’immunité passive ne signifie évidemment pas qu’un veau tombera nécessairement malade. Il signifie que son risque est significativement augmenté. Une mauvaise prise colostrale peut également être associée à une croissance moins favorable et à des conséquences qui dépassent la période néonatale.
Une étude portant sur 3 829 veaux a notamment montré une association entre le défaut de transfert d’immunité passive, une augmentation de certaines maladies et de la mortalité jusqu’à 12 mois, ainsi qu’une croissance légèrement inférieure.

Un enjeu sanitaire, mais aussi économique
Les conséquences d’une mauvaise gestion du colostrum peuvent rapidement se traduire en coûts : traitements, temps de travail supplémentaire, mortalité et, potentiellement, performances zootechniques moins favorables.
Dans une méta-analyse, des spécialistes ont estimé le coût moyen du défaut de transfert d’immunité passive à environ 60 € par veau en élevage laitier et 80 € en élevage allaitant, avec une forte variabilité selon les situations.

- BRD : bovine respiratory disease = MRB : maladie respiratoire bovine ;
- ADG : average daily gain = GMQ : gain moyen quotidien.
Le colostrum représente donc bien plus qu’une étape d’alimentation : c’est un véritable levier sanitaire, zootechnique et économique.

Comment contrôler la qualité du colostrum ?
Un outil est utilisé pour mesurer la qualité du colostrum : le réfractomètre.
Le réfractomètre constitue un outil simple pour estimer la qualité du colostrum. Il mesure l’indice de réfraction et permet d’obtenir une valeur en % Brix, utilisée comme indicateur de la concentration en immunoglobulines.

Utilisation d’un refractomètre
- Mettre quelques gouttes sur le plateau (prisme).
- Refermer et regarder dans l’oculaire.
- Lire le chiffre situé entre le clair et le sombre sur la gauche.
- Nettoyer et sécher soigneusement après chaque utilisation.

Vous obtenez un résultat entre 0 et 30 % de Brix. La mesure se trouve au niveau de la ligne bleu.
En fonction du résultat obtenu, vous devrez distribuer au minimum 3L de colostrum au veau, pour garantir un transfert d’anticorps suffisant (cf. Fig.3 ).

Les organismes sanitaires recommandent notamment de privilégier les colostrums présentant une valeur supérieure à 25 % Brix. Le contrôle permet ainsi d’identifier les meilleurs colostrums pour la distribution ou la conservation.

Attention cependant : la qualité du colostrum ne correspond pas à la qualité du transfert d’immunité. Un bon colostrum ne garantit pas à lui seul que le veau aura correctement absorbé les IgG. Le délai, la quantité réellement ingérée, l’hygiène et les conditions de distribution interviennent également. Le transfert peut ensuite être évalué chez le veau par différents indicateurs sanguins, notamment les protéines sériques ou les IgG.

Bilan : Les 4 réflexes à retenir
- VITE → distribuer le colostrum le plus rapidement possible.
- ASSEZ → apporter une quantité suffisante d’IgG.
- BON → contrôler la qualité du colostrum.
- PROPRE → limiter la contamination lors de la collecte, de la conservation et de la distribution.
Un bon colostrum, en quantité suffisante, le plus tôt possible et dans de bonnes conditions d’hygiène : les quatre conditions indispensables pour donner au veau les meilleures chances de bien démarrer sa vie.


